Reportage de France Info sur l’accessibilité du Web: enfin! Et dommage…

Le 15 février, France Info a diffusé un reportage sur l’accessibilité du Web, repris sur son site Web. Des personnes non-voyantes (dont Sylvie Duchateau, de Braillenet, et Fernando Pinto Da Silva, du CERTAM, bien connus dans le métier) témoignent de leurs difficultés quotidiennes à surfer sur le Web, du fait de l’inaccessibilité de la trop grande majorité des sites. C’est à la fois un vrai événement pour notre petit monde, et une occasion manquée.En tant que défenseur infatigable du droit pour tous d’utiliser le web, je ne peux que me réjouir du fait qu’un média grand public s’intéresse à la question, et donne la parole aux premiers intéressés. D’un autre coté, je regrette que l’article ne mentionne que le handicap visuel. Avec cet effet pervers possible: que dans l’esprit des profanes, cela se résume à une problématique qui finalement ne concerne pas tant de monde que ça…

Ce raccourci et ce parti pris sont assez logiques, car de fait, la contradiction (apparente) entre la possibilité de surfer et la non ou mal voyance ne manque pas d’étonner ceux qui découvrent la question. Mais il faut savoir que ce n’est que la partie émergée de l’accessibilité numérique. Des situations particulières telles que la dyslexie, le daltonisme, les troubles de l’attention ou de la mémorisation, touchent toutes les populations, jeunes, âgées, riches, pauvres, éduquées ou non… Les sociétés occidentales, fortement concernées par le vieillissement, les maladies cardiovasculaires, les conséquences de l’obésité et du surpoids, génèrent nombre de déficiences plus ou moins gênantes dans la vie quotidienne, qui peuvent devenir très pénibles sur le Web. Qu’on songe par exemple à un simple et banal tremblement de la main dû à l’age, ou à des pathologies oculaires liées au diabète… Bien qu’on rechigne parfois à parler de handicap dans ces cas-là, il faut comprendre qu’au-delà des statistiques du handicap reconnu, des millions de gens sont concernés, au point qu’on estime qu’entre 10 et 20% de la population française bénéficierait d’une meilleure accessibilité du Web.

Le grand oublié, comme souvent, est la surdité (ou malentendance – bon sang que c’est laid, ce mot), handicap invisible par excellence. Un média radio, grâce au Web, a la possibilité de rendre accessible son format sonore par essence inaccessible aux sourds, en passant par l’écrit. Occasion manquée ici, car les interviews ne sont disponibles que sous leur format audio. Dommage, là encore… Fort heureusement, Yann Goupil (@firewalkwizme) a pris la peine de publier la transcription des interviews sur son blog.  Ce n’était ni très long ni très difficile; pour son propre bénéfice, France Info aurait été bien inspirée de le faire dans l’article directement: plus large « audience » potentielle, meilleur référencement (Google ne comprend rien à nos babillages, mais adore nos écrits), et beaucoup de temps gagné pour les gens qui, comme moi, comprennent bien mieux et bien plus vite ce qu’ils lisent que ce qu’ils écoutent.

Je vous encourage à partager cet article, à la commenter, comme je l’ai fait, à en parler autour de vous, à créer le débat… il faut que le sujet devienne visible, dans un premier temps, pour qu’on puisse le faire bouger et évoluer. Nous souffrons, en tant que spécialité, de la confidentialité de nos actions, alors qu’elles sont au coeur des besoins quotidiens de millions d’internautes. En ces temps de surchauffe médiatique pré-électorale, on a une toute petite fenêtre de tir, ne la ratons pas.

NB: comble de l’ironie, pour commenter l’article de France Info, il faut résoudre un captcha (visuel ou audio, l’honneur est sauf)…

5 thoughts on “Reportage de France Info sur l’accessibilité du Web: enfin! Et dommage…”

  1. Enfin et dommage, oui.

    Mais peut-on s’attendre à ce que des journalistes soient parfaitement informés alors que la plupart des professionnels du web ne savent même pas ce qu’est l’accessibilité ? Que pour bon nombre de formations (Sylvie en a parlé dans le reportage), le sujet n’est pas une seule fois abordé ?

    France Info parle régulièrement de logiciel libre, d’emprisonnement de nos données, de respect de ces dernières, etc par la voix de Jérôme Colombain et avec très très peu d’approximations ; ce n’est probablement pas la dernière fois que le sujet sera abordé sur cette radio 🙂

  2. Excellent texte Olivier! Merci de partager ta passion!

    Pourquoi ne pas proposer à France Info un complément d’information pour traiter de l’ensemble des internautes qui ont des limitations fonctionnelles (handicap, daltonisme, analphabètes fonctionnelles… et autres) ou techniques (équipement désuet, Internet basse vitesse [problème rencontré par 10% des internautes Québécois; l’Internet basse vitesse existe-t-il en France? en Belgique?])?

    Pour toucher davantage Madame et Monsieur Tout-le-monde dans leur vie de tous les jours…, il serait bon aussi d’aborder les obstacles rencontrés avec des
    applications Web mobile. Ces obstacles sont les mêmes que ceux rencontrés par les internautes
    avec des limitations fonctionnelles ou techniques. Pour le Web mobile, je pense
    aussi à l’enjeu relatif à la bande passante qui a un impact significatif sur les
    coûts d’utilisation.

    Bonne réflexion et surtout… bonne préparation pour la radio!

     

    Yves
    Hudon

    Modérateur, groupe Accessibilité du Web au
    Québec (http://minu.me/5shh), LinkedIn

    Twitter : @YvesHudon

    PS Pour cette émission à venir, ne pas oublier d’en informer les cousins Québécois… 😉

  3. Je profite de ce petit commentaire pour dire que si tu as besoin, je peux t’aider dans l’envoi de compléments. Même si pour nous, qui connaissons le sujet, ce reportage paraît incomplet puisqu’il ne traite que d’un handicap, pour monsieur et madame tout-le-monde, cela permet de soulever le sujet. D’après les échos de personnes qui ne connaissent pas bien le sujet, c’est positif et certains vont s’en servir pour convaincre leurs responsables. En tous cas, saluons l’initiative de Franceinfos, qui en tant que grande radio s’intéresse au handicap et fait souvent des reportages sur les personnes avec des limitations fonctionnelles. 4 minutes 30 pour le sujet, c’est peu pour parler de tout cela, mais c’est aussi beaucoup de place réservée à la question.

    1. Merci pour cette proposition Sylvie, le cas échéant je te contacterai.
      Oui, bien sûr, tu as raison, on peut déjà se réjouir d’avoir ouvert une brèche, et c’était nécessaire. Mais c’est vrai que ça fait tellement longtemps qu’on attend ça, que j’ai fini par devenir impatient!

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