Je suis un privilégié

Je suis né homme, blanc, cisgenre, hétérosexuel, neurotypique. Dans la société où j’ai grandi, cela m’a évité nombre de difficultés. Je me suis intégré socialement, j’ai fait de belles études, choisi mes jobs, fondé une famille.

Cela me donne aujourd’hui une situation et un statut que nombre de gens considèrent comme enviables – à juste titre. Je ne vis pas dans l’opulence, et ma vie n’est pas une sinécure pour autant. Mais je me considère comme chanceux.

Tout cela ne s’est pas fait tout seul, et j’ai eu ma part d’obstacles (familiaux, physiques, socio-économiques). Je n’ai pas usurpé ma place d’aujourd’hui. Néanmoins je suis pleinement conscient de la part de chance dans ma « réussite ».

Je suis un privilégié.

Ce mot n’est ni offensant, ni exagéré, selon moi. Il traduit fidèlement le fait que nombre de choses ont été plus faciles pour moi que pour d’autres, pour des raisons de genre, couleur de peau, orientation sexuelle ou mode de fonctionnement.

Je mesure chaque jour la force et l’étendue de mes privilèges, qu’ils soient innés ou acquis. Cela se traduit de multiples manières, soit par les avantages induits, soit par les difficultés évitées. Il suffit d’y être attentif pour le remarquer.

Mes privilèges ne me donnent le droit ni d’en abuser, ni de m’en glorifier. Je n’ai rien fait pour « mériter » mes attributs de naissance. Je ne les ai pas demandés non plus. Je suis juste le produit d’un concours de circonstances favorables.

En revanche, j’estime avoir le devoir d’être conscient de cela. Et d’œuvrer pour que ce régime des privilèges, source insupportable d’inégalités, prenne fin un jour. Pas pour retirer quoi que ce soit à quiconque, non. Mais pour donner à tous. C’est ma perception de la justice sociale et de l’équité. C’est le monde que je veux pour nous tous, pour mes enfants, et pour ceux des autres. J’en ai profité, sans raison particulière. J’aimerais que tous en profitent. Que nous soyons tous des privilégiés.

C’est une posture très naïve, évidemment. Néanmoins, accepter l’ordre des choses, s’y résigner, ne rien faire pour que ça change en mieux, n’est pas envisageable pour moi.

Je n’ai pas non plus de solutions. Mais reconnaître cet état de fait, déjà, a été un grand pas pour moi. Je m’attache à écouter la parole de celleux qui subissent des inégalités, à comprendre leur point de vue, et à amplifier les messages si j’en ai la possibilité.

Si tous ceux qui, comme moi, bénéficient de privilèges, font l’effort de le reconnaître, et de les utiliser pour gommer les inégalités, même à petites touches, on sera sur les bons rails pour parvenir à un monde meilleur.

Ça commence maintenant.

L’article 18 de la loi ELAN et ses conséquences désastreuses

Pour éviter de répéter les mêmes arguments à ceux qui trouvent que l’article 18 de la loi ELAN n’est pas un problème, je vous ai concocté cet article pour expliquer en quoi c’est liberticide, et socialement et techniquement désastreux.

Rappelons le contexte : la loi Handicap de 2005 prévoyait que tous les logements neufs seraient désormais conformes aux normes d’accessibilité. L’article 18 de la loi ELAN en limite la proportion à 10%, les 90% restants devant être adaptables (« évolutifs » selon les termes de la loi) en cas de besoin.

Deux choses importantes à noter : ces 10% ne seront nullement réservés aux personnes handicapées ; et il s’agit d’un pourcentage des logements, pas des surfaces. Les personnes qui en ont besoin seront donc en « concurrence » avec les valides pour acquérir ou louer ces biens; et il y a fort à parier que seuls les plus petits et moins attractifs des logements seront mis aux normes, car malgré leurs défauts, ceux qui en ont vraiment besoin seront obligés de s’en contenter. Simple question de logique économique (Ah oui car si ça vous avait échappé, derrière ce recul des droits fondamentaux il y a des considérations financières uniquement, ce qui rend la chose encore plus gerbante).

Cela veut dire que les possibilités de choisir son lieu de vie, un des engagements pris par la France au travers de la Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées, sont réduites à néant. Cela va accentuer les effets de ghetto dont sont déjà l’objet les PH.

Certains considèrent que 10% c’est bien assez au regard de la proportion des personnes concernées dans la population. C’est oublier plusieurs aspects de la réalité qui ne sont pourtant pas bien difficiles à comprendre dès lors que l’on fait l’effort d’imaginer les situations réelles, sans se limiter aux chiffres bruts.

Déjà cela concerne en principe toutes les situations de handicap, mobilité en premier lieu, mais aussi tous handicaps moteurs, sensoriels et cognitifs, au moins en théorie. Il faut aussi tenir compte du fait qu’il ne s’agit pas d’une population figée. Le handicap peut apparaître dans un foyer en cours de vie, suite à accident, maladie, vieillissement ou changement de situation familiale (naissance, mise en couple, recomposition…).

Pour le dire autrement : il est impossible de prédire, à l’échelle du foyer, si et quand des besoins d’accessibilité apparaîtront. Ce jour-là, si le logement est déjà accessible, au moins cet aspect là est réglé immédiatement et sans frais supplémentaires. Sinon c’est l’enfer.

Il faut bien sûr aussi tenir compte des situations de handicap temporaire, occasionnées par une blessure, une maladie ou une grossesse difficile, par exemple. Là aussi, c’est un gros souci de moins, versus la situation où il faut mettre en place une solution en catastrophe.

Pour toutes ces situations le principe de logements adaptables est un leurre. Le temps de l’adaptation, les personnes seront parfois en graves difficultés, éventuellement contraintes à l’hospitalisation (avec coûts et engorgements associés), loin de leurs foyer, job, études…

Tout cela bien sûr pour un coût que tous ne pourront pas supporter au moment voulu, puisque même s’il y a des subventions (accordées généralement après des délais en mois voire années), il y a toujours un reste à charge.

Mais j’ai presqu’envie de dire que ce n’est pas le pire. Le pire c’est pour les personnes qui sont déjà handicapées et qui cherchent un logement. On l’a vu plus haut, quels que soient leurs moyens, elles seront restreintes dans leurs choix, mécaniquement, d’autant que ces logements ne leur seront pas réservés, rappelons-le. Les logements adaptables mais non adaptés leur échapperont au profit de valides candidats à l’achat, et a fortiori à la location, qui poseront moins de problèmes et pourront se décider plus facilement.

Cela voudra aussi dire que les personnes avec des besoins d’accessibilité vont, malgré elles, imposer le lieu de vie au foyer, avec toutes les contraintes associées vis à vis du travail, de la scolarité, de l’accès aux soins, services, culture, loisirs etc. Car figurez-vous, ô surprise!, ces personnes ont des familles… et aussi des emplois, des amis, des relations, ainsi que les autres membres du foyer. Limiter les choix de lieu de vie signifie rendre tout cela littéralement 10 fois plus difficile pour elles.

Parlons maintenant de celleux qui n’ont pas de tels besoins, mais ont des amant•e•s, ami•e•s, familles, qui en ont. Leur logement sera un obstacle à la possibilité pour eux de les recevoir. Ce qui renforce la séparation entre valides et handi•e•s, et fait de ces derniers des poids pour leur entourage.

Ajoutons enfin que de nombreux logements sont utilisés comme cabinets médicaux, d’avocats, de notaires et divers prestataires et sociétés. Autant de lieux d’accueil du public, et aussi de travail, dont seront exclues celles et ceux qui ont des besoins d’accessibilité.

Dans notre société vieillissante, l’espérance de vie augmente, mais l’espérance de vie en bonne santé stagne (source INSEE, format XLS, 46 ko), et donc, mécaniquement, la durée de vie en mauvaise santé augmente. Un tel choix, aussi structurant, est donc un bien mauvais service rendu à un parc immobilier qui n’est déjà pas très accessible, et qui va encore plus s’éloigner des besoins des populations.

Je précise pour finir que je ne suis pas un spécialiste de la question. Je me suis contenté d’y réfléchir, de me renseigner, d’écouter ce que les personnes directement concernées en disent. J’ose croire que cette réflexion démontre la dangerosité de cette loi. Merci d’avoir lu!

La Ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole s’engagent pour l’accessibilité de leurs sites internet

[Communiqué] Access42, Access First et Empreinte Digitale remportent la consultation de ces deux collectivités pour l’amélioration de l’accessibilité et la mise en conformité de leurs sites web. Continuer la lecture de La Ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole s’engagent pour l’accessibilité de leurs sites internet

L’État français s’entoure d’un groupement d’entreprises expertes pour rendre ses services en ligne accessibles

[Communiqué] Déjà en 2014, la France était désignée première nation européenne en matière d’administration numérique par l’Organisation des Nations Unies. Ces derniers mois, le Gouvernement a clairement affiché son ambition de simplifier les démarches des particuliers et des entreprises grâce à Internet. Continuer la lecture de L’État français s’entoure d’un groupement d’entreprises expertes pour rendre ses services en ligne accessibles

Le fauteuil roulant et les bonbonnes d’eau

Andy est un jeune homme plein d’allant
Qui sillonne la vie sur son fauteuil roulant.
Ce matin, le cœur et l’esprit pleins de joie,
Il se présente pour un nouvel emploi.
Mais sur place il doit vite déchanter,
Car un bête escalier lui barre l’accès.
Dépité, il appelle l’entreprise,
Afin que des mesures soient prises.
Il lui est répondu avec ingénuité :
« Pourquoi donc ? Ici il n’y a pas de handicapé ».
Décontenancé par cet étrange argument,
Andy n’a pas vu ce qui est pourtant évident :
Pas de handicapés, car ils n’ont pas accès !
C’est par cela qu’il aurait fallu commencer !

Le jugement troublé par la frustration,
Notre héros réfléchit à une solution.
Mais voici qu’arrive le livreur d’eau,
Avec de lourdes bonbonnes comme fardeau.
Le voyant peiner pour faire entrer son chariot,
Andy pense : « Tiens, voilà qui n’est pas idiot… ».
Illico il rappelle pour raconter ce qu’il a vu.
On lui répond : « Vous m’avez convaincu !
C’est effectivement un vrai problème,
Et je vais le résoudre ce matin-même ».

Le cœur léger, Andy va déjeuner.
Mais quand il revient, il est bien étonné :
Pas la moindre rampe à l’horizon…
Il rappelle pour en connaître la raison.
« Grâce à vous le problème a été solutionné :
Désormais, nous boirons l’eau du robinet ! »

Eh oui… en proposant un chemin détourné,
Andy a fait perdre de vue ce qui le concernait…
Les personnes handicapées ont des droits,
Légitimes, et protégés par des lois.
Alors au lieu de vanter les bénéfices secondaires,
Demandons que s’appliquent les droits élémentaires.
Andy s’en rappellera, et ne se laissera plus prendre.
Et toi, ami lecteur, puisses-tu aussi le comprendre…

La Région Île-de-France s’engage pour des services web accessibles à tous

[Communiqué] Access42, Access First et Empreinte Digitale remportent l’appel d’offres de la Région Île-de-France pour l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité web de ses services en ligne. Continuer la lecture de La Région Île-de-France s’engage pour des services web accessibles à tous

Comment je priorise les correctifs d’accessibilité

Faire un audit d’accessibilité, c’est bien. C’est même bien souvent indispensable. Proposer des correctifs, c’est encore mieux! Car évidemment, le fait de constater un problème n’a d’intérêt que si cela a pour but de résoudre ce problème. Continuer la lecture de Comment je priorise les correctifs d’accessibilité

Petit déjeuner accessibilité: focus sur la loi République Numérique

Access 42 organise, le 14 septembre à Paris (locaux de Mozilla France), un petit déjeuner consacré à la loi République Numérique. J’aurai le plaisir d’y présenter l’article 106 et ses impacts pour l’accessibilité web.

Interviendront également Jean-Pierre Villain (Access 42), Antoine Cao (DINSIC) et Nathalie Dross (FIPHFP). Le programme se consulte et les places se réservent ici.

L’événement est gratuit, et les places sont limitées. On me souffle qu’elles partent vite, alors ne tardez pas!

Cette fois-ci, je me lance vraiment

J’avais annoncé ici-même mon arrivée chez Smile et la création d’Access First, autoentreprise me permettant d’exercer le métier de consultant accessibilité pour mon propre compte.

Un an et deux jours après l’enregistrement d’Access First, je quitte Smile, à la fois un peu triste et plein d’enthousiasme. Un peu triste, car j’ai trouvé chez Smile à la fois une mission (la coordination du groupement titulaire du marché RGAA) et une équipe dans lesquels je me sens bien. Pourquoi les quitter, dans ce cas? Et bien, pour faire la même chose! Et c’est pour cela que je suis enthousiaste: je quitte mon emploi à temps partiel chez Smile pour me consacrer à plein temps à Access First.

Paradoxalement, c’est mon activité (activisme?) dans le groupe Smile qui amène à cette situation. Depuis mon arrivée, je m’y suis démené pour faire exister l’accessibilité en tant que sujet à part entière. Ces efforts ont fini par payer: depuis l’été je suis régulièrement sollicité pour intervenir sur différents projets, et les commerciaux n’hésitent plus à me consulter pour un chiffrage ou un argumentaire. Parallèlement à cela, l’activité sur le projet RGAA bat son plein, et mon temps partiel est devenu trop étroit pour absorber tout ce travail. Et comme on ne peut pas être salarié et fournisseur de la même entreprise, il m’a fallu prendre une décision: passer à un temps plein soit comme salarié, soit comme freelance.

Je pars donc de Smile avec un carnet de commandes bien rempli, et de belles perspectives pour la suite, puisque je reste le coordinateur attitré du groupement RGAA, tout en continuant à épauler les projets sur lesquels j’ai été positionné comme expert accessibilité.

Alors, ça va peut-être paraître un peu cucul, mais ce qui suit est profondément sincère… Je salue et remercie mes anciens collègues/nouveaux clients de Smile, en particulier l’équipe de Smile Digital pour l’ambiance incomparable qui y règne. Immense merci à Vincent Maucorps qui est à l’origine de mon recrutement, et m’a appuyé avec la zénitude qui le caractérise dans cette mission délicate. Et gratitude éternelle pour Cyrille Assire, patron de Smile Digital, qui m’a soutenu de manière indéfectible, et s’est mis en quatre pour que cette nouvelle page puisse se tourner de la plus belle des manières…