Sensibiliser à l’accessibilité : dans la peau de l’utilisateur

Il est une question que posent souvent ceux qui, ayant déjà embrassé la cause de l’accessibilité, souhaitent convaincre d’autres personnes d’y aller : comment s’y prendre ? Quel discours, quelle forme adopter ?

La Journée Mondiale de Sensibilisation à l’Accessibilité (GAAD en anglais), qui a lieu tous les 15 mai, m’a paru la bonne occasion pour partager une idée que j’ai testée récemment.

Mon expérience de la chose m’a appris que la démonstration des difficultés éprouvées par un utilisateur (généralement, au moyen d’un lecteur d’écran) sur un site réel, est très efficace. Pour ma part, ce fut une véritable révélation, et un moment décisif dans mon parcours. J’en ai également constaté les effets sur d’autres personnes.

Le souci est qu’il faut compter sur l’empathie des spectateurs. S’ils parviennent à s’identifier suffisamment à la personne qui fait la démo, ils seront durablement marqués par l’expérience. Mais ce n’est pas toujours évident, et dépend fortement du talent du démonstrateur.

L’étape suivante est de leur faire utiliser eux-mêmes le lecteur d’écran, pour leur faire ressentir toute la frustration que cela peut engendrer, même sur une page simplissime en apparence. Très, très efficace : l’identification est alors immédiate, et la prise de conscience se fait sur une base concrète.

L’inconvénient de cette approche, c’est sa logistique. Cela peut être envisageable en atelier ou en formation pour un groupe de 10-12 personnes, mais pratiquement infaisable avec plusieurs dizaines de personnes, comme dans une conférence.

De plus, la faille commune à ces deux techniques est qu’on ne va rendre compte que d’une situation utilisateur, certes spectaculaire, mais relativement marginale. Les utilisateurs non-voyants de lecteur d’écran sont éminemment représentatifs des challenges posés par l’inaccessibilité. Mais ils restent très minoritaires dans la cohorte des internautes ayant des besoins d’accessibilité.

On pourrait alors imaginer de diversifier les démos et présenter différentes technologies d’assistance. Mais ce serait encore plus complexe à organiser pour un groupe important, et on n’aurait toujours pas fait le tour des besoins : par exemple, la dyslexie et le daltonisme, très fréquents, sont difficiles à faire ressentir au travers de l’usage de technologies d’assistance, puisqu’ils n’y font pas réellement appel.

Pour essayer de résoudre ces problèmes, et fournir des outils simples et maniables, j’ai imaginé un système de mise en situation au travers d’exercices symboliques de diverses situations utilisateurs. S’ils ne rendent pas exactement compte de l’expérience réelle, au moins, on l’approche de suffisamment près pour déclencher une prise de conscience. Autre avantage : cela donne une idée de la variété des situations, qui fait tout le sel de notre métier.

Le principe général est de présenter un « écran » contenant 4 « boutons », et de demander aux participants de « cliquer » sur l’un des boutons. Des instructions permettent de déterminer quel bouton doit être cliqué. Avec ce dispositif ultra-simple, on peut faire comprendre toute l’absurdité des notions de couleur, de position ou de forme si on ne voit pas l’écran « comme tout le monde » ; l’obstacle que peuvent être des textes trop petits ou trop serrés si on voit ou lit mal ; ou encore, le barrage que peut représenter le son si on n’entend pas.

Par exemple : on présente 4 carrés noirs, et on demande aux utilisateurs de cliquer sur l’ovale rouge. Situation typique d’utilisateurs non-voyants auxquels on ne fournit qu’une information de forme et de couleur. Autre exemple : on présente 4 boutons, parfaitement distincts et visibles, et les instructions sont écrites de manière distordue, les lignes s’entremêlant jusqu’à l’illisible ; ce qui se rapproche de l’expérience vécue par certains utilisateurs dyslexiques confrontés à des textes trop serrés. Dernier exemple : les 4 mêmes boutons, et cette fois les instructions sont prononcées par l’animateur, qui se contente de bouger les lèvres sans émettre de son. On aura reconnu le cas des utilisateurs déficients auditifs confrontés à des informations sonores sans alternative.

Lors du test, j’ai construit les démos ainsi : d’abord l’exercice, suivi d’une explication sur le problème rencontré ; ensuite un équivalent sur un site réel ; et enfin, des propositions de correction. Les notes de diapositives contiennent des indications pour l’animateur si besoin.

Vous pouvez télécharger ce support de présentation au format PPTX (1182 ko), en n’oubliant pas de le consulter en mode diaporama. Ou le consulter sur SlideShare, mais pour bénéficier des animations il vous faudra quand même le télécharger pour le lire en local.

Je vous encourage à l’utiliser, le modifier, le personnaliser, le triturer, le chambouler, autant qu’il vous plaira. Il est totalement libre de droits, y compris pour une utilisation commerciale. Ça me fera plaisir si vous citez la source, mais c’est même pas obligé.

Le design est volontairement minimaliste, pour permettre de le personnaliser facilement. On peut imaginer de nouveaux exercices (sur les contenus en mouvement, les sons d’ambiance qui interfèrent, etc.), ou une forme différente.

La clé, il me semble, c’est de faire participer activement le public, en usant du côté ludique du dispositif, et si possible en combinant l’humour à la pédagogie. Quand j’ai testé cette présentation, je l’ai approchée comme du stand-up, avec vannes du public et tout… Bon, on va pas se mentir, je ne suis pas Jamel, hein, donc les gens ne se sont pas roulés par terre de rire !… Mais ça a réveillé l’auditoire, dédramatisé un peu le sujet, tout en marquant les esprits, et, j’espère, les mémoires.

J’anticipe sur une objection : cette présentation n’est pas accessible ! Oui, elle ne fonctionne pas pour les gens qui ne voient pas l’écran, ou qui n’entendent pas certaines instructions. Mais c’est justement sa fonction et donc sa nature. En démarrant la présentation, je m’en suis excusé auprès des personnes concernées dans le public, en expliquant que le but était de montrer à des voyants et des entendants ce que ça fait d’être dans leurs peaux, l’espace d’un exercice en apparence très simple.

En revanche, on peut légitimement tiquer sur le choix du format (PowerPoint), et là j’invoque la clémence du jury. J’ai utilisé le seul outil que je maîtrise à peu près pour faire des présentations avec des effets d’animation. Et si je partage cette ressource, c’est aussi pour que d’autres la convertissent sous des formats différents, si besoin est.

Donc à vous de jouer. J’attends avec impatience vos retours d’expérience, vos idées, vos modifications, bref, l’histoire que vous raconterez autour…

12 réflexions au sujet de « Sensibiliser à l’accessibilité : dans la peau de l’utilisateur »

  1. Cette présentation est gé-niale !

    Je vais m’en servir pour convertir mes camarades dév 😀 Merci beaucoup !

    PS : Peut-être une version web, ça n’en serait que plus immersif. Je vais y réfléchir !

  2. Bonjour,

    Comme Gaël, je dis… gé-nial !!!
    Même si j’ai dû me contenter de SlideShare, le fichier PPTX ne fonctionnant pas correctement avec Impress de Open Office (mise en page explosée et lien avec les images cassés).
    Pour mes présentations j’ai longtemps utilisé s5 d’Eric meyer, maintenant j’utilise DZSlides de Paul Rouget (qui a le mérite d’être accessible… l’inconvénient, c’est qu’il n’est pas possible de partager via SlideShare). Ce serait une piste à explorer pour ton outil.

    Amicalement,
    Monique

    1. Merci Monique!
      Je ne connais DZSlides et S5 que de nom. Peut-on y faire des animations comme dans PowerPoint? J’en utilise souvent pour limiter l’effet « placard » pendant les présentations, et parfois pour des effets spéciaux quand ils servent le propos. Du coup, ça pourrait devenir mes outils préférentiels…

  3. Bonjour,
    C’est une chouette idée que cette approche pédagogique, démonstrative et simple.
    Je me permet deux remarques :

    La définition de départ qui cible comme audience les personnes en situation de handicap manque peut-être d’explication. En effet, le public à qui s’adresse cette présentation n’est peut-être pas encore sensibilisé au fait qu’une personne en situation de handicap n’est pas nécessairement un handicapé physique ou mental.
    Néanmoins, on a bel et bien un exemple vers la fin puisqu’on a celui de « l’utilisateur fatigué ».

    Mon autre remarque concerne la mise en forme : il serait peut-être intéressant de marquer plus fortement la différence entre les bons et les mauvais exemples (gros picto, couleurs, etc.)

    Voilà.
    Merci pour cette présentation.
    Delphine.

    1. Remarques judicieuses, merci Delphine.
      La présentation en téléchargement n’est pas conçue pour être jouée telle quelle, c’est juste une brique pour une intervention plus large (conf, formation, atelier, etc.). Donc, oui, il faut contextualiser le propos, via une partie introductive par exemple.
      Pour la distinction plus franche entre bonnes et mauvaises pratiques, j’en tiendrai compte lors de la prochaine instance. Dans le même ordre d’idée, il faudrait également présenter des exemples de choses faites correctement, pour éviter de retomber dans le travers de pointer le mal sans valoriser le bien.
      En conclusion: ton commentaire permettra lui aussi d’améliorer le dispositif, c’est exactement ce que j’espérais!

  4. Merci Olivier,
    Je viens d’animer un petit-dej sur notre sujet prefere et ça été un franc succès.
    Je n’ai pas modifier grand chose ; j’ai juste illustrée avec quelques sites « maison » et surtout présenter systématiquement des exemples de bonnes pratiques…
    Vraiment, je recommande !

  5. Hello Olivier,

    Merci pour ces exemples que je trouve très « parlant », je t’en pique quelques uns pour ma conf à venir !

    A bientôt mon Maître 🙂

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